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Archive for avril 2013

Le Salto Angel

>>> pour voir les photos, cliquez ici : Le Salto Angel

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Le Salto Angel aurait pu être traduit par « le saut de l’ange », faisant penser au style artistique d’un saut du haut d’une immense falaise. Mais il n’en est rien. Angel vient du nom du premier explorateur à la peau clair qui l’a découvert au début du XXe siècle : Jimmie Angel. Mais son vrai nom (qu’il a d’ailleurs retrouvé il y a peu) est Kerepakupai-Merú, donné par les indiens Pemón et qui signifie « cascade du lieu le plus haut ». La chute d’eau a une hauteur de 979 mètres. Elle part d’un très vaste tepui, l’Auyantepui, qui a une forme étrange, un peu semblable à un coeur. Elle se trouve au fond du Canyon du Diable (Cañón del Diablo).

Pour avoir le privilège d’accéder jusqu’au Kerepakupai-Merú, il faut passer par différentes étapes : taxi, petit avion, nuit au village Pemón de Canaïma, pirogue pendant une demi-journée dont un passage à terre à cause des rapides, nuit dans des hamacs en pleine forêt, marche d’une heure en montée à travers une végétation impressionnante. Et là, vous êtes enfin arrivé ! Puis, il y a la même chose mais dans le sens contraire et sans les nuits, en une seule journée donc !

C’est pour cela que Tato nous avait prévenu qu’il fallait laisser la majorité de nos affaires à l’agence, pour ne prendre que le strict nécessaire dans un petit sac à dos.

A 7 heures du matin, j’ai donc retrouvé mes deux nouveaux amis, Paulina la chilienne qui habitait le Brésil, et Nick, l’étudiant allemand qui voyageait pendant trois mois dans cette partie du globe. Ils s’étaient rencontrés un jour avant au terminal de bus, et n’étaient pas en couple comme je l’avais cru lorsque je les avais vu la veille.

On a pris un taxi qui nous a emmené au petit aéroport de la ville. Après une fouille approfondie des sacs, on s’est mêlé à un groupe d’autres voyageurs et on a foulé le bitume de la piste pour rejoindre un beau jet blanc.

Je ne me rappelle pas être montée dans un jet auparavant, j’étais donc très impressionnée. Le moteur faisait un bruit assourdissant mais on était tous heureux comme des enfants face à l’aventure qui se présentait devant nous.

Le vol durait une petite heure. J’ai passé tout le voyage collée au hublot, fascinée par ce qui se déroulait sous mes yeux. C’était comme dans les nombreux documentaires que j’avais pu regarder : un océan vert. On pouvait deviner la canopée, semblable vue d’en haut à la surface d’un brocoli géant ! On a commencé par voir apparaître les premiers tepuis. C’était fascinant ! Mais cette région comporte aussi des savanes et leur couleur fauve contrastait avec le vert intense de la forêt. Parfois, de grandes rivières zigzaguaient à travers ces paysages spectaculaires, comme d’immenses rubans bruns. La nature sauvage était là, juste en-dessous de moi !

On a fini par découvrir une lagune où plusieurs cascades s’y déversaient, et sur ses rives un village avec quelques campements. Une piste d’atterrissage nous signalait que nous étions arrivés. L’avion a viré de bord et a entamé sa descente. Quelle joie intense j’ai ressentie lorsqu’il s’est posé, que l’on a ouvert la porte et que j’ai pu faire mes premiers pas sur ce sol qui pour moi représentait tant de choses : un point sur une carte au milieu de nul part ; un mythe, celui de la plus haute chute d’eau au monde ; la terre d’un peuple vivant en symbiose avec la nature ; un monde sauvage où les animaux sont en totale liberté et où les plantes se développent comme elles l’entendent. Une forêt tropicale comme j’en avais rêvée !

L’aérodrome était composé d’une grande hutte où se vendaient quelques objets artisanaux et des produits pour les touristes comme de la crème anti-moustique. Les pilotes s’y retrouvaient pour boire un verre, manger un peu et consulter la liste de leurs prochains passagers. Deux ou trois petits avions les attendaient sur la piste, essentiellement des Jet ou des Cessna. Deux chiens, dont un très jeune, nous ont fait bon accueil, ce qui ne m’a pas déplu. Les guides se sont rapprochés des quelques touristes fraîchement arrivés, et les groupes se sont formés. Nous sommes partis à l’arrière d’un pick up jusqu’à notre campement à cinq minutes de là. Des chemins de terre rouge faisaient office de rues. Notre habitation se situait au bout de la zone touristique du village. Nous étions au bord de la lagune, vue sur les magnifiques cascades. On nous a attribué nos chambres au confort sommaire mais avec une salle de bain privatisée, donc un luxe ! Nous avons posé nos affaires, mis nos maillots de bain, et sommes partis explorer les lieux avant le déjeuner. Nous avons longé la lagune et sommes arrivés jusqu’à une belle plage aménagée, au sable blanc et fin, qui n’avait rien à envier à ses cousines de la côte des caraïbes. Il y avait même une série de petits cœurs dessinés (je compris par la suite pourquoi…). Des bungalows touristiques l’encerclaient mais on pouvait voir un peu plus loin les premières huttes du village indien Pemón. J’ai été tout de suite étonnée par la couleur de l’eau : un noir foncé qui se dégradait suivant sa profondeur vers le brun, l’orangé, puis le jaune. J’ai appris plus tard que cette étrange couleur était due, non pas au fer, mais à la haute teneur en tannins issus des arbres et plantes en décomposition.

Nous avons piqué une tête : ça nous a fait un bien fou ! C’était incroyable de se dire qu’on se baignait dans ce lieu magique, avec en toile de fond de spectaculaires cascades et encore plus au loin de majestueux tepuis.

Nous sommes revenus déjeuner et après une petite sieste bien méritée, notre guide nous a emmené faire une balade pour approcher les grandes cascades. Nous avons d’abord pris une pirogue à moteur, puis avons marché plusieurs dizaines de minutes pour rejoindre une large chute d’eau, le Salto Sapo. Nous nous sommes baignés à nouveau et avons laissé nos affaires dans un coin pour ne garder que nos maillots de bain et nos chaussures afin de passer derrière la cascade. C’était impressionnant ! J’ai adoré ! La cascade était très large et nous devions cheminer sur des rochers glissants entre une paroi humide et un rideau aquatique. C’est à peine si nous arrivions à nous entendre à cause du bruit des milliers de mètres cubes d’eau qui se jetaient de la falaise. Le côté ludique de la situation aurait pu laisser imaginer que nous nous trouvions dans un parc d’attraction ! Nous avons fini par trouver la sortie, de l’autre côté de la cascade. Nous nous sommes posés là quelques instants, en pleine admiration. J’étais super excitée et fière d’utiliser pour la première fois sous l’eau ma caméra GoPro, caméra des sports extrêmes par excellence ! Nous sommes repassés en sens inverse avec peut-être cette foi-ci un peu plus d’assurance. Après une seconde marche dans la savane puis aux abords de la lagune, avec de l’eau jusqu’aux genoux, nous avons découvert une autre chute tout aussi impressionnante : le Salto Hacha. Et là encore, nous sommes passés dans ses entrailles, nous revigorant de sa puissante énergie. La cavité était plus large, ce qui permettait un passage plus aisé et nous laissait même la possibilité de nous asseoir sur de gros rochers pour pouvoir admirer à travers l’eau le splendide coucher du soleil qui s’offrait devant nous. Autant dire que le spectacle était inoubliable.

Nous avons repris la pirogue et sommes rentrés nous changer pour le dîner. Au-dessus des tables, sur les piliers, étaient accrochés plein de ballons rouges : même au fin fond de la savane guyanaise, on fêtait la Saint-Valentin ! Enfin, pour faire plaisir aux touristes. Mais comble de l’ironie, sur la petite quinzaine de personnes que comptait le groupe, il n’y avait aucun couple ! Il y avait Paulina, Nick et moi, puis un groupe de trois jeunes allemands (deux filles et un garçon), deux amis vénézuéliens (un garçon et une fille) et un groupe de collègues de travail, vénézuéliens aussi (deux filles et quatre garçons). Nous avons passé une bonne soirée en musique, sans abus car nous devions repartir tôt le lendemain.

Après un petit déjeuner composés d’arepas et d’un jus de fruit frais, nous avons refait un tri dans nos affaires et laisser au campement ce dont nous n’étions sensés pas nous servir pendant les prochaines 24 heures. Après avoir demandé autour de moi, j’ai donc laissé ma grosse paire de chaussures de randonnée, mon paréo et ma crème solaire (on s’était mis d’accord avec Paulina sur un partage équitable de sa crème solaire et de ma lotion anti-moustique !). Nous avons marché une demi-heure, traversant tout le village, pour arriver au-dessus des chutes où une pirogue nous attendait. Nous avons dû emballer nos affaires dans de grands sacs plastiques pour éviter qu’elles prennent l’eau. Et nous voilà partis pour quatre heures de pirogue à moteur sous un beau soleil avec comme seul paysage, la nature ! Notre guide nous avait expliqué toutefois que nous devrions nous arrêter à un moment donné car un passage de rapides obligé la pirogue à naviguer « léger ». C’est pourquoi nous devrions mettre pied à terre pour marcher trente minutes dans la savane et rejoindre la pirogue un peu plus loin. Au début du voyage, le fleuve était assez large et l’eau était calme. Mais plus on se rapprochait du Salto Angel et plus particulièrement de l’Auyantepui, plus la rivière se rétrécissait et les rapides se faisaient plus nombreux et plus intenses. Il y avait des passages où je me demandais comment on allait faire : le niveau de l’eau était très bas et laissait apparaître des rochers. Mais le pilote à l’arrière et son assistant à l’avant, tous deux des indiens Pemón, avaient l’air de gérer très bien la situation. Alors je m’en remettais à eux et à leur expérience…de toute façon, avais-je le choix ? J’admirais donc le paysage autour de moi en imaginant ce qu’avaient bien pu penser les premiers explorateurs quand ils avaient pénétré pour la première fois dans ces décors naturels. Au fur et à mesure du voyage, la savane laissait place à la forêt tropicale et les façades d’imposants tepuis se dessinaient en arrière-plan. C’était somptueux et plus spectaculaire encore que dans mon imagination. Les différents reliefs et profondeurs de champs donnaient des couleurs saisissantes aux flancs des tepuis, aux sommets des arbres, à la végétation qui bordait la rivière. On pouvait s’extasier devant le spectacle fascinant des cascades qui se jetaient du sommet des tepuis pour aller disparaître dans les airs, ne réussissant pas à atteindre le sol, tellement les falaises avaient de la hauteur. A chaque fois qu’un oiseau croisait notre chemin, on le pointait du doigt et on disait à notre voisin : « là, regarde ! ». Malgré le soleil de plomb au-dessus de nos têtes, la vitesse du bateau nous permettait d’avoir un peu d’air. Au cours du voyage, les planches de bois sur lesquelles on était assis nous ont paru dur comme du béton et on a fini par enlever nos gilets de sauvetage pour les mettre sous nos fesses ! Mais à un moment donné quand même, les rapides étaient si impressionnants qu’on a préféré les remettre. Ils nous protégeaient aussi en partie des nombreuses éclaboussures générées par la traversée des rapides.

Nous nous sommes de nouveau arrêtés, mais cette fois-ci en pleine forêt, au niveau d’une petite rivière qui se jetait dans celle sur laquelle nous naviguions. A cet endroit, l’eau venait caresser un gros rocher rond pour ensuite tomber dans un bassin naturel. Nous avons pu nous y baigner et nous y rafraîchir. Nous avons ensuite déjeuné sur la pirogue. On nous avait préparé des barquettes de pâtes à la bolognaise. Il était plus de 13h et nous étions tous affamés ! La pirogue flottait tranquillement et pas un seul bruit se faisait entendre. Nous dévorions notre repas en écoutant la musique de la nature. Après avoir vidé entièrement les barquettes, nous sommes repartis et le bruit du moteur a repris le dessus.

C’est en milieu d’après midi que nous sommes arrivés dans le canyon du Diable. La rivière était très étroite et la végétation très dense. On avait l’impression que le canyon se refermait sur nous petit à petit. Et tout à coup, l’exaltation s’est fait ressentir. J’ai levé les yeux et il était là, face à moi, majestueux : LE Salto Angel. Une légère brume venait lui chatouiller le bout du nez de temps en temps. La pirogue a fini par s’arrêter et accoster sur une petite plage de galets. Nous avons descendu tous nos sacs et pris quelques photos. IL se dressait là, au-dessus d’un tapis de verdure. On pouvait deviner les milliards de gouttelettes s’échapper dans les airs. Il avait l’air de nous dire : « Bienvenue. Merci d’être venu jusqu’à moi ». Il était très haut et un bout de forêt nous séparait encore de lui.

Nous avons emmené nos affaires jusqu’au campement, nous enfonçant peu à peu dans la forêt. Le campement se résumait à une petite hutte ronde où l’on préparait les repas et à un toit qui protégeait des rangées de hamacs. Des toilettes avaient été aménagées dans un coin. Le confort basic pour une nuit dans la forêt ! Et encore, je suis sûre que certains considèrent ça comme du luxe !

Nous nous sommes installés, ajustant les hamacs et explorant les alentours. Certains sont retournés à l’eau se rafraîchir. Le guide a proposé à quelques uns d’entre nous de faire une petite balade avant le repas du soir. Nous sommes donc partis tranquillement, en empruntant un petit chemin. Après avoir traversé un ruisseau, nous sommes rentrés dans la forêt tropicale où nous avons vu des petites plantes carnivores et une grenouille. Plus je pénétrais dans la forêt, plus j’avais l’impression d’halluciner ! Les arbres étaient immenses et laissaient passer peu de lumière. A leur pied, un premier étage de plantes plus petites formait un parterre végétal. Elles étaient aussi grandes voire plus grandes que moi et leurs larges feuilles étaient parfaites pour recevoir la pluie. J’avais l’impression de me retrouver dans « chéri, j’ai rétréci les gosses » (je sais, bravo les références !) ou encore dans un manga de Miyazaki (c’est déjà mieux !) où des petits êtres étranges vont se mettre à apparaître derrière chaque plante… Comme vous voyez, j’ai vraiment halluciné ! J Mais le principal, c’est que j’avais une sensation très agréable et très bénéfique. Une certaine quiétude. Par contre, le chemin a commencé a monté sérieusement et nous prenions peu à peu de l’altitude. L’allure était rapide et le chemin très mauvais : pas un petit coin de terre pour poser ses pieds mais uniquement des rochers et d’énormes racines ! Le guide qui était Pemón, était pieds nus et sautait de rocher en racine et de racine en rocher avec une aisance à me faire pâlir. Il avait indéniablement l’habitude… mais pas moi ! Il nous a montré comment respirer par la bouche. Au bout d’une bonne demi-heure, nous avons enfin atteint le bout. Les arbres nous ont laissé entrevoir le Graal : le Salto Angel. Nous nous sommes posés sur les quelques rochers qui servaient de mirador. Le spectacle était à couper le souffle, au moins le peu qui nous en restait ! Il n’y avait rien à dire, il fallait juste admirer. Les milliers de mètres cubes d’eau qui tombaient devant nous nous tranquillisaient, comme le bruit de l’eau d’une fontaine. Les gouttelettes volantes lui donnaient des airs de voile de mariée. Au pied du géant, on pouvait voir une mousse d’un vert intense recouvrir le sol et les parois de la falaise. Toute l’eau qui arrivait jusqu’au sol formait une rivière et continuait sa route à travers la forêt en dégringolant de bassin en bassin.

Nous avons pu nager dans l’un d’entre eux ! C’était une sensation extraordinaire de se dire que nous nous baignions au pied du Salto Angel ! Quel privilège ! Nous avons fini par rentrer car la nuit commençait à tomber. On a d’ailleurs terminé le chemin du retour dans la pénombre. Moi qui n’aime pas d’ordinaire être dans une forêt la nuit, là je n’ai absolument pas eu peur. Les bruits n’étaient pas effrayants mais plutôt bienfaisants. Nous avons rejoint le campement et avons mangé à la lumière des bougies. Nous devions nous coucher tôt car le lendemain, ou devrais-je dire pendant la nuit, nous devions nous lever à 3h30 du matin pour partir marcher dans la forêt à 4h ! Tout ça pour voir le lever du soleil sur le Salto Angel, qui est orienté vers l’est.

Après avoir mangé, nous avons fait un tour près de la rivière afin d’avoir la vue dégagée pour regarder le ciel étoilé. Nous n’avons pas été déçu ! C’était comme si le ciel était plus blanc que noir. Des millions de millions d’étoiles scintillaient sous mes yeux ! Je ne pouvais plus détacher mon regard de ce trésor céleste. Les sons de la forêt ajoutaient à ce spectacle une émotion délicieuse. J’étais bien calée dans le creux d’un gros galet rond. Au bout d’un moment, je me suis aperçue que mes yeux s’accoutumaient peu à peu à la nuit et que je pouvais voir de plus en plus de choses. Et que n’ai-je pas découvert juste en face de moi : le Prince des lieux, le Salto Angel. Je ne voyais pas seulement lui, je voyais toutes les falaises de l’Auyantepui qui nous encerclaient. C’était encore plus beau de nuit ! Les étoiles nous servaient de lanternes. Je suis restée là un long moment, n’arrivant pas à aller me coucher. Je savais que je ne vivrais peut-être plus jamais ça. Un instant unique que je savourais intensément. J’ai quand même fini par me décider à rentrer. Sur la route du retour, quelques lucioles sont venues me saluer. Après une toilette succincte, je suis montée dans mon hamac, épuisée mais heureuse. C’était d’ailleurs ma première nuit en hamac. Et j’ai appris une chose très importante si l’on veut passer une bonne nuit : il faut se mettre en diagonal ! Eh oui, pour être le plus à l’horizontal possible ! Et je peux vous dire que j’ai passé une très bonne nuit. Courte certes, mais très bonne et sans moustique ! Je me suis endormie avec les bruits nocturnes de la forêt : les insectes, les oiseaux, la rivière, le vent dans les arbres… Pour ensuite être réveillée à 3h30 du matin par la lampe du guide ! Celui-ci nous disait : « on part dans 30 min ! »… génial… ! J’étais dans un état qui oscillait entre la joie de partir vers une super aventure et la colère d’être réveillée en pleine nuit pour aller marcher une heure dans l’humidité et l’obscurité ! C’est vous dire !

A 4h, nous voilà partis en file indienne à travers la forêt. Certains n’avaient pas de lampe donc des binômes s’étaient formés afin qu’ils puissent bénéficier de la lumière de ceux qui en possédaient. Je partageais donc la lumière de ma lampe frontale avec Paulina qui était derrière moi. Au cœur de la forêt, sous les grands arbres, il faisait vraiment très noir. On a repris le même chemin que la veille. Donc je savais ce qui nous attendait : une montée franchement raide jonchée de racines et de rochers. Mais la nuit, c’est encore plus humide, donc c’est plus glissant et il faut faire encore plus attention ! Je m’attendais à être dérangée par les insectes, mais il n’en a rien été. Cela s’est avéré aussi vrai pendant la journée. Ils ne m’ont pas du tout importunée, et tant mieux.

L’allure était moins rapide que la veille et l’on avait des temps de pause pour souffler un peu ou pour écouter les bruits qui nous entouraient. On entendait notamment les oiseaux se réveiller au fur et à mesure que le jour arrivait. On éteignait nos lampes et on regardait d’en bas la canopée qui nous laisser entrevoir des morceaux de ciel crépusculaire. Au bout d’une heure, nous sommes arrivés aux rochers-mirador. Nous nous sommes assis, un peu épuisés il faut bien le dire, face au Kerepakupai-Merú dissimulé dans la nuit et les nuages. Nous avons passé une heure à le contempler. Le jour est apparu et les nuages se sont écartés. Le soleil, quant à lui, n’a pas daigné venir mais je dois dire que ça ne m’a pas du tout gêné. Le spectacle était à la hauteur de son mythe et je ne regrettais plus d’avoir été réveillée en pleine nuit. Ca en valait largement la peine. Je savais maintenant que l’on allait bientôt devoir repartir mais je n’avais pas envie de LE quitter. Il était si beau. Il me faisait du bien. Je ne me lassais pas de le regarder, de scruter chaque partie de sa façade. Plus le jour arrivait, plus ses couleurs s’intensifiaient. Il y avait du rose, de l’ocre, du gris,… Il était si haut que même après une heure, on pouvait découvrir quelque chose que l’on n’avait pas encore vu. Quelques papillons commençaient à virevolter autour de nous. C’était l’heure, il fallait redescendre. Une longue journée nous attendait.

Nous avons alors repris le chemin en sens inverse. Nous nous sommes séparés petit à petit formant naturellement des groupes en fonction de la rapidité des allures. Je marchais à mon rythme tranquillement. Sur le chemin, nous nous arrêtions parfois pour voir les splendeurs de la nature (toile d’araignée, insectes, plantes, oiseaux,…). Je suivais un groupe de trois/quatre personnes, regardant à chaque pas où je mettais les pieds. A un moment donné, j’ai vu devant moi un petit banc de terre entre deux racines où je pouvais poser tranquillement mon pied. Ce que j’ai fait. Mais en voyant cet oasis de terre dans ce désert de rocs et de racines, j’ai sûrement dû relâcher mon attention, et lorsque j’ai posé mon pied, un craquement, comme un élastique qui lâche, s’est fait entendre ! Aïe ! Naaaannnnn !

Vous l’aurez compris, là commençait le début d’une longue, longue route. Mais pas exactement celle que j’avais prévue… J’avais déjà eu une entorse par le passé, et je savais pertinemment ce que ce craquement signifiait.

Mais il y avait un hic ! J’étais en pleine forêt, avec aucune trousse de secours, aucun moyen de me porter et à plusieurs centaines de kilomètres de l’hôpital le plus proche ! Donc dans ces cas-là, on sert les dents et on avance ! J’étais à mi-chemin du campement et j’ai donc essayé tant bien que mal de terminer le parcours, toujours en pente. Paulina et Nick ont été adorables. Ils sont restés à mes côtés et m’ont encouragé jusqu’au bout. Je me tenais aux troncs des grands arbres pour m’aider à avancer. Ma cheville était encore à chaud et la douleur restait supportable. J’ai été particulièrement contente lorsque nous sommes arrivés enfin au campement. On a mis les affaires dans le bateau et nous sommes repartis en sens inverse. J’ai dit au revoir au Salto Angel qui m’avait laissé, du coup, un souvenir inoubliable. Sur le trajet du retour, tout le monde dormait dans le bateau, épuisés par la courte nuit et la balade matinale. Je ne sais pas si c’était la douleur, mais je n’avais pas sommeil. Je regardais le paysage. Quand il a fallu mettre pied à terre pour la traversée des rapides, je suis bien évidemment restée dans la pirogue et j’ai laissé le groupe partir. J’étais assez contente, je l’avoue, de voir à quoi ressemblaient ces fameux rapides si dangereux. Ils étaient plus larges que les autres et duraient plus longtemps. Mais le conducteur et son assistant, tous deux bien concentrés, ont passé l’épreuve d’une main de maître ! Assise au fond, j’étais ravie ! J’avais l’impression d’être dans une attraction du parc Astérix ! On a ensuite été attendre le groupe. A son arrivée, chacun voulait savoir comment ça s’était passé. J’étais toute fière de leur raconter.

La partie du trajet en pirogue s’est terminée sans encombre et nous avons accosté avant les grandes cascades. Il fallait encore faire une demi-heure de marche pour rejoindre notre premier campement à l’autre bout du village. Un bâton a fait office de canne et je me suis appuyée sur mes voisins. Nick portait mes affaires. Nous avons longé la plage et sommes finalement arrivés. J’ai pu enfin mettre un peu de glace sur ma cheville qui avait doublé de volume. On a mangé rapidement et nous sommes repartis à pied prendre notre avion. Sur le chemin, Paulina a gentiment demandé à un motard s’il pouvait m’emmener jusqu’à l’aérodrome. Et je suis donc arrivée comme une fleur à l’entrée de la piste en moto ! Une partie du groupe restait un jour de plus dans le village. Nous n’étions donc pas nombreux à repartir. Un Jet et deux Cessna était parqués sur la piste. Nick a eu la bonne idée de demander si nous pouvions rentrer en Cessna, et les pilotes ont accepté ! Nous étions surexcités ! L’avantage, c’est que ça me faisait oublier ma cheville. L’avion ne comportait que six places : cinq passagers et le pilote. Les plus légers se mettaient à l’arrière et les plus lourds à l’avant. Nous avons mis nos bagages dans la queue de l’avion, en se demandant comment nous allions tous tenir dans ce petit truc. Finalement, tout le monde est rentré, bien qu’un peu à l’étroit. Nous avons attaché notre ceinture et j’ai pensé que c’était à ce moment précis que, dans les films, on voyait toujours quelqu’un faire son signe de croix. J’ai regardé le ciel qui était dégagé, puis Paulina qui était assise à côté de moi, toute aussi impatiente de savoir comment ça allait se passer. On a pris quelques photos, le pilote a mis son casque, a fait vibrer le moteur, s’est positionné sur la piste, a pris de l’allure et l’avion a décollé ! Wouah ! C’était vraiment comme dans les films ! La lagune se rétrécissait petit à petit et nous quittions Canaïma plein d’émotions. Et pour moi, une entorse en prime ! Mais l’heure qui a suivi me disait que ca valait bien la peine car j’avais l’impression d’être un reporter en plein action, survolant la forêt tropicale et longeant le flanc des tépuis. Le moteur faisait un vacarme incroyable. Mais peu importait. La vue était grandiose. Parfois, au milieu de ce tapis vert, on voyait apparaître un petit bouquet jaune ou mauve : c’était un arbre en fleur. Quelle beauté !

Nous avons vu les premières maisons et les premiers véhicules, preuves de notre retour à la civilisation. L’avion s’est posé tranquillement et nous sommes descendus, un peu groggys. Tato est venu nous chercher à la cafétéria de l’aéroport et nous sommes repartis à l’agence épuisés mais heureux.

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Ciudad Bolivar

IMG_0971Perché en haut d’une colline, le centre historique de Ciudad Bolivar, appelé Casco histórico, m’a beaucoup fait penser à Cuba avec ses maisons au style colonial et leurs façades colorées. Sur l’immanquable place Bolivar, une superbe église blanche et jaune domine le quartier.

Ma posada, posada Doña Carol, était à deux rues de là, donc en plein centre ville. La petite rue où elle se trouvait, donnait sur le majestueux fleuve de l’Orénoque et sur ses berges aménagées.

C’est un lieu où l’on peut s’y balader tranquillement le jour mais mieux vaut éviter d’y trainer la nuit tombée. La vue est magnifique. L’autre rive n’est quasiment pas habitée. A mi-distance, un îlot rocailleux sert de pluviomètre. Bien que je l’aie trouvé encore très large, c’est pourtant à cet endroit que l’Orénoque est le plus étroit. La ville portait d’ailleurs autrefois le nom d’Angostura, qui signifie « étroitesse ». Avec de la chance, on peut voir au coucher du soleil les dauphins roses remonter le courant.

Ciudad Bolivar est le point de départ des excursions pour aller voir le Salto Angel, la plus haute chute d’eau au monde, ou aller randonner une semaine sur les flancs du Roraima, le magnifique et légendaire tepui (montagne de grès au sommet plat et aux flancs verticaux) qui a inspiré Le Monde Perdu à Arthur Conan Doyle. On peut également partir de là pour visiter le delta de l’Orénoque, l’un des plus grands du monde.

Dès le lendemain de mon arrivée, j’ai visité un peu la ville. C’était le dernier jour du carnaval et beaucoup d’échoppes étaient encore fermées. Les rues étaient calmes. Toutefois, les portes des musées étaient grandes ouvertes et j’ai pu ainsi commencer à apprendre la riche histoire de cette ville qui a joué un rôle très important lors de la guerre d’indépendance. Au Venezuela, la plupart des musées se trouvent dans des anciennes demeures coloniales, richement meublées pour l’époque, avec des patios intérieurs. Déambuler d’une pièce à une autre est très agréable.

Lors de ma première visite, j’ai eu la chance de rencontrer deux couples d’équatoriens, âgés d’une cinquantaine d’années, qui vivaient et travaillaient dans la ville voisine et qui étaient venus visiter Ciudad Bolivar pour la journée. A la sortie du musée, ils m’ont proposé de m’emmener en voiture à un autre musée situé un peu plus loin, mais qui fermait dans une heure. Leur proposition était tellement naturelle que je n’ai pas eu envie de refuser. Le trajet a mis cinq minutes en voiture climatisée alors que j’aurais peut-être mis vingt bonnes minutes à pied en plein soleil.

C’était à nouveau une maison coloniale magnifique, sur un rocher, entouré d’un splendide jardin. Nous avons eu une visite guidée. L’avantage au Venezuela, c’est que la plupart des musées (et les visites guidées qui les accompagnent) sont gratuits. C’est toujours ça d’économisé ! En nous dirigeant vers la sortie, des dizaines de tortues aquatiques pataugeaient dans l’eau d’un bassin. Le guide nous a expliqué qu’il les nourrissait tous les jours et notamment avec les mangues qui tombaient régulièrement près du point d’eau. L’une des deux femmes équatoriennes s’est alors mise à ramasser non loin d’elle une magnifique mangue bien mûre. Après avoir demandé l’autorisation, elle l’a lancée dans l’eau et on a pu voir en un instant ces dizaines de tortues se précipitaient vers le fruit. L’une d’entre elles a réussi à l’attraper en premier et a essayé de l’amener sur la rive, loin des autres. Mais c’était sans compter sur la gourmandise de chacune. La mangue a été dévorée sous nos yeux en quelques minutes. C’était amusant à voir. Comme quoi, une tortue n’est pas si lente que ça !

Le musée a fini par fermer ses portes et les équatoriens ont proposé de me ramener jusqu’à ma posada, insistant sur le fait qu’en fin de journée, il n’était pas prudent de me promener toute seule.

Sur le chemin, ils m’ont proposé de passer par le grand boulevard qui longeait l’Orénoque pour pouvoir profiter du coucher du soleil. Nous nous y sommes arrêtés pour admirer la vue et prendre quelques photos. On pouvait voir au loin le spectaculaire pont (le premier construit sur le fleuve) qui avait des airs du Golden Gate Bridge de San Francisco.

Après leur avoir dit que j’allais visiter l’Equateur, mes quatre nouveaux amis m’ont donné tous les bons plans à voir et à faire dans ce pays. J’ai sorti ma grande carte d’Amérique du Sud, dépliée sur le capot de la voiture, et on a coché ensemble chaque point. A chaque fois, j’avais droit à une description détaillée. C’était très sympathique. Ils ont fini par me ramener à ma posada et nous nous sommes échangés nos adresses emails, m’invitant dans la ville voisine, Puerto Ordaz, si jamais j’y passais.

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Le lendemain, je me suis réveillée, bien déterminée à trouver une agence qui me permettrait d’aller voir le Salto Angel. Car en effet, pour le voir, on est obligé de passer par des agences qui proposent des excusions. C’est en pleine forêt et il faut un avion et une pirogue pour l’atteindre. Je n’allais donc pas m’y aventurer toute seule. Après un déjeuner dans l’arepera du coin (= vendeur d’arepas, les galettes de maïs fourrées), je me suis lancée à la recherche d’une agence qui avait l’air intéressante sur mon guide. Mais elle n’avait plus l’air d’exister. J’ai demandé toutefois à un jeune garçon qui jouait devant. Il m’a alors emmenée dans la rue d’à côté, devant une autre agence dont la devanture était recouverte de photos d’excursions mais dont la porte était fermée. Il a sonné et un jeune homme de taille moyenne a ouvert la porte en me souriant. Il a remercié le garçon qui est reparti. Il m’a invité à entrer et j’ai été accueillie dans une grande pièce climatisée sans fenêtre. La salle était bien décorée et là encore des photos d’aventure et d’excusions recouvraient tout un pan de mur. J’ai commencé à expliquer ce que je recherchais et le jeune homme m’a décrit les différentes excursions qu’il proposait. Il a été interrompu par la sonnette. Il est allé répondre et à son retour un couple, une petite brune frisée et un grand blond, l’accompagnait. Ils se sont assis à côté de moi et ont écouté également les différentes descriptions. Nous nous sommes rendus compte très vite que nous étions tous les trois intéressés par l’excursion du Salto Angel et comme il fallait un minimum de trois personnes pour former un groupe, c’était parfait ! Une porte s’est ouvert et un petit caniche blanc a couru jusqu’à nous, suivi de sa maitresse, la femme du jeune homme. J’appris par la suite qu’ils s’appelaient Tato et Karla, et leur petit chien, Skype. Après avoir passé une heure à discuter, on a réservé notre excursion pour le Salto Angel et j’ai réservé en plus mon excursion pour le delta de l’Orénoque, bénéficiant ainsi d’un prix intéressant.

L’excursion pour le Salto Angel durerait trois jours. Le départ était prévu pour le lendemain à 7 heures du matin. J’ai donc regagné ma chambre avec une excitation folle en m’imaginant déjà devant cette spectaculaire cascade. Je ne savais alors pas encore à quel point cette aventure allait me marquer…

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Ciudad Bolivar

 

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Trajet Caracas-Ciudad Bolivar

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Après quatre jours passés à Caracas, j’ai décidé de partir vers l’est, prenant comme point de chute la ville coloniale de Ciudad Bolivar, capitale de sa région, située sur le bord du grand et majestueux fleuve de l’Orénoque. J’ai préféré cette ville à celle de Maturin, située plus au nord, car elle m’offre de plus larges opportunités pour des excursions dans la forêt.

Le soir du lundi 11 février, Mariana m’a gentiment accompagnée au terminal de bus où l’on a mangé un super repas qu’on avait acheté sur la route dans un très bon restaurant de Caracas.

Nous nous sommes quittées avec plein d’émotions. Je me doutais que c’était le premier adieu d’une longue série. Etant très sensible, à chaque fois que je dois quitter quelqu’un que j’aime bien, cela me remplit d’une tristesse infinie. Je ne sais si je finirai par m’y habituer.

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Je n’ai pas eu froid mais en revanche j’ai fait des rêves pour le moins étranges, notamment avec un magnifique loup gris, très amical, qui apparaissait dans mon rêve à la façon des vieux indiens dans les films américains. Ils apparaissent et disparaissent doucement, sagement. Je n’avais personne à côté de moi, j’ai donc pu m’étendre comme je voulais.Les bus vénézuéliens qui relient les différentes villes du pays sont des bus très sûrs, très confortables et très modernes. Il faut choisir sa compagnie. Ce sont généralement des bus à deux étages avec des toilettes. Les sièges peuvent se mettre en position couchettes. Le seul hic, et il faut s’y préparer, c’est qu’il y fait une température aux alentours de 10°C !! C’est horrible ! C’est pour cette raison que vous voyez tous les voyageurs monter dans le bus avec des bonnets, écharpes, couvertures, pulls et autres tenues pour affronter ces longues heures glaciales. C’est amusant de voir le contraste avec la chaleur de l’extérieur où les gens sont en tee-shirt et l’intérieur frigorifique où l’on est tous emmitouflés sous nos couches de laine. Et même si vous essayez de supplier le chauffeur de monter de quelques degrés la climatisation, ce sera une cause perdue car il ne voudra rien entendre. Personne ne sait vraiment pourquoi ils doivent à tout prix maintenir une température aussi basse. Après réflexion, je me suis dit que c’était peut-être à cause des odeurs ou quelque chose comme ça, mais même encore maintenant je n’ai pas la réponse. Heureusement Mariana et mon guide (livre) m’avaient prévenue et je me suis habillée comme si je passais la nuit sur l’Himalaya !

Partie à 19h30 de Caracas, je suis arrivée à 6h du matin à Ciudad Bolivar. Il faisait jour et le terminal était déjà rempli de chauffeurs de taxi qui cherchaient un éventuel client parmi les voyageurs juste arrivés. J’ai pris mon temps pour enlever toutes les différentes épaisseurs qui composaient mon « costume », et après maintes négociations, un vieux chauffeur a bien voulu m’emmener pour pas cher dans le centre ville où j’avais réservé une chambre dans une posada.

 

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Depuis tout ce temps…

Mes chers fidèles lecteurs,

Je tenais sincèrement à m’excuser de vous avoir fait languir depuis tout ce temps. Depuis Caracas, il s’est passé beaucoup de choses. J’ai été dans l’est du Venezuela, à Ciudad Bolivar, point de départ de mes excusions pour le Salto Angel et pour le delta de l’Orénoque. Mais tout ne s’est pas passé exactement comme je l’avais prévu… En effet, lors de ma visite au Salto Angel, la plus haute chute d’eau au monde, je me suis faite une entorse à la cheville droite qui m’a obligé à changer légèrement mon programme. J’entends d’ici certains qui sont en train de se dire : « appeler son tour du monde « Watch Your Step » et se faire une entorse, c’est pas très malin ! ». Eh bien oui, je vous montre ce qu’il ne faut surtout pas faire ! Mais rassurez-vous, je ne compte pas, comme s’est interrogée une amie, me faire une entorse dans chacun des pays. Non, non, c’est juste pour dire que ça, c’est fait.

Delta (réduit)

Après le Salto Angel donc, je suis restée à Ciudad Bolivar chez un couple adorable, Tato et Karla, qui s’est occupé de moi. Au bout de 10 jours, je suis quand même allée visiter le delta de l’Orénoque. La plupart des choses à faire se faisait en bateau, je n’avais donc pas à marcher. J’ai ensuite traversé le pays en car pour rejoindre la ville de Maracaïbo où m’attendaient les parents d’une amie. Je les avais rencontrés il y a dix ans, lors de mon premier voyage au Venezuela. Autant vous dire que les retrouvailles étaient émouvantes. Mon amie, leur fille Moti vit actuellement à Toronto. J’ai donc pu rester dans sa chambre. J’ai gardé mes béquilles et mon attèle pendant plus d’un mois. Après mon entorse, j’ai eu une inflammation des ligaments du tarse, puis une contracture du mollet gauche. Oui, je sais, j’ai enchainé ! Mais sans ce « petit » contretemps, je n’aurais pas pu vivre un évènement historique dans le pays : la mort du président Hugo Chávez. J’ai vécu jour après jour le deuil du peuple vénézuélien.

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J’ai pu ainsi mieux comprendre la conjoncture et les différents enjeux du pays. C’était inoubliable ! Les parents de Moti, Nelia et Adic, ont été remarquables et m’ont considérée comme leur propre fille. J’ai été chouchoutée comme une véritable princesse ! Nelia étant médecin, j’étais entre de bonnes mains. Et Adic étant économiste, nous avons eu de longues discussions passionnantes sur l’économie du pays. J’ai également été à deux reprises chez une amie à eux qui tenait un refuge pour animaux. J’ai donc pu faire un reportage très intéressant sur cette femme et sa soeur qui s’occupent sans compter des animaux maltraités. Puis, mon état s’est peu à peu amélioré et j’ai fini (enfin !) par reprendre la route. Je suis repartie la semaine dernière pour la Colombie où je suis actuellement.

La traversée de la frontière a été en soi remplie de péripéties. Mais tout s’est très bien passé. Je suis maintenant à Santa Marta, sur la côte des Caraïbes, où je suis arrivée en pleine semaine Sainte. J’ai passé Pâques avec 38°c à l’ombre mais le chocolat n’a pas eu le temps de fondre au soleil, seulement dans ma bouche ! J’ai retrouvé maintenant une connexion wifi et je peux donc vous raconter toutes mes aventures. Alors, on en était où… ah oui : Carcacas ! 🙂

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